http://www.alsapresse.com/jdj/00/05/18/IGF/article_12.html
Lars et Selma dansent dans la lumière
E PALMARÈS du festival sera-t-il musical ou ne sera-t-il pas ? Dès l'ouverture de
Cannes 2000, on le sait, la rumeur allait bon train, suggérant que la Palme se jouerait
entre les Coen et Lars von Trier. Sans qu'ils se soient donnés, on l'imagine, le mot,
les Américains et le Danois ont choisi la voie de ce que Hollywood nommait le
musical, autrement dit la comédie musicale. Avec O brother..., les Coen
s'inscrivaient délibérément dans le franc registre de l'humour mâtiné d'hommages
multiples à la country... Pour Lars von Trier et Dancer in the dark, on attendait
donc de voir. A Cannes, il y a des signes qui ne trompent pas. Dès les premières
projections, les fauteuils étaient pris d'assaut. Enfin, encore plus que d'habitude...
Avec, en prime, une excitation assez perceptible qui donna lieu à une fameuse
bousculade du côté de la salle des conférences de presse. Las, Bjork était bien sur
la Croisette mais pas au rendez-vous des stylos, des micros et des caméras. Enfant
de Cannes où il montra successivement Element of crime, Epidemic, Europa,
Breaking the waves et Les idiots, ce dernier lui permettant d'agiter le landerneau
festivalier avec les règles de Dogma, son « voeu de chasteté » contre les trucs du
cinéma commercial, Lars von Trier était donc de retour. On ignore comment il est
venu sur la Croisette, lui qui ne monte jamais dans un avion, mais il était bien là. Et
surtout avec un film culotté dans la mesure où Dancer in the dark mêle les
techniques les plus récentes de la vidéo numérique, un propos fortement
mélodramatique et une passion (plus qu'une nostalgie, Lars avouant vaguement une
préférence pour Gene Kelly plutôt que pour Fred Astaire) marquée pour les
numéros chantés qui firent les grandes heures du musical hollywoodien dans les
années 30-40. Avec, pour cerise sur le gâteau, les vrais débuts sur grand écran de
Bjork, la star pop-rock islandaise !
Tournage perturbé
Emigrée tchèque et mère célibataire, Selma vit pauvrement dans un trou paumé des
USA. Elle perd peu à peu la vue et elle sait qu'il en ira de même pour son fils. Pour
lui payer une opération, elle met de côté tout son salaire d'ouvrière d'usine. Et, pour
oublier, elle s'évade, avec sa copine Kathy (Catherine Deneuve) dans des musiques
et des danses de rêve... Dans un petit message aux médias, le cinéaste a demandé
qu'on ne divulgue pas la fin de cette tragédie très lyrique. Mais il n'a pas échappé
aux questions sur les importants tiraillements qui ont secoué le tournage et qui ont
même failli le faire virer au chaos. Pourtant, il n'a fallu à Lars que dix secondes pour
convaincre Bjork de venir dans son aventure. Au départ, elle ne devait écrire que la
musique. Heureusement, Von Trier lui a offert cette Selma dans laquelle elle incarne
un superbe personnage touché par la grâce, la générosité et l'esprit de sacrifice. Que
Bjork ait craqué sur le tournage, n'est finalement pas si surprenant : « Elle n'est pas
actrice et donc elle ne joue pas. En fait, elle ressentait les choses. C'était très
dur à porter pour elle et pour les autres sur le plateau. Travailler avec elle fut
gratifiant et douloureux en même temps.» Et surtout le résultat est épatant.
Jean-Marc Barr, l'acteur suédois Peter Stormare, Catherine Deneuve et le
réalisateur danois Lars von Trier.
AFP
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L'unique Björk
C'est Catherine Deneuve, sa partenaire dans Dancer..., qui le dit : « Chaque être
est unique. Mais elle est incroyablement unique.» Ce qui fait qu'évidemment, on
s'intéresse encore plus à Björk Gudmundsdottir (autrement dit la fille de son père
Gudmund) née en novembre 1965 à Reykjavik et devenue, dès l'âge d'onze ans, une
vedette de la chanson en Islande. Pop-star au caractère explosif (elle a frappé un
photographe people qui la serrait trop), Björk n'a pas non plus sa langue dans sa
poche. Ce qui pour une chanteuse est plutôt mieux. Avec ses albums solo, Debut,
Post et Homogenic, elle a déjà vendu sept millions de disques... Le cinéma est venu
en plus. On l'aperçoit dans Prêt-à-porter d'Altman mais c'est la caméra de Lars von
Trier qui la fait vibrer. Elle chante bien sûr (et est responsable de toute la musique du
film) mais surtout elle bouge comme on l'a vu faire à très peu de comédiennes. Lars
von Trier a encore trouvé une perle rare. Regard touchant, sourire craquant, Bjork
est un ovni de cinéma.